Maison de l'Ingénieur 56, Bld d'Anvers
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Jean BOTTAGISIO (G 1956)
« Installé en Colombie depuis 50 ans,
tel que je le dis ! »
Le tournant a été pris en 1948. Je venais de rentrer à l’ ENP d’Egletons après un certificat d’études primaires, pour devenir technicien dans les TP.
Le professeur de maths a lancé un exercice d évaluation où un 18 / 20 est venu couronner mon approche toute spéciale du problème posé.
On m'a bifurqué sur la filière dite « savante « .En 1952 j ai passé le concours d’entrée à l ENIS dans la foulée du Bac. Réussite sur les deux tableaux : je rentre major en section Topographie.
J’en ressortirai en 1955 et en serai diplômé major en 1956.
Ce passé étudiant serait incomplet si je ne mentionnais pas deux professeurs qui ont certainement influencé lourdement le reste de ma vie : REIN , professeur de « tout » en topo, malgré le chocolat ( ou grâce à lui ? ),la bicyclette, le dessin à la pointe sèche et les interminables calculs, mais aussi le sens de la précision extrême, du soin,de « l’honnêteté géométrique » ,la satisfaction du travail bien fait et beau. BAUER, l’X farfelu, les expéditions polaires françaises, l’autorité ronde et débonnaire, le rêve.
Avec REIN, on mesure la nature ; avec BAUER on la sonde.
Deux notions complémentaires pour une compréhension globale.
Pour les débuts de ma vie professionnelle, le Cabinet GARDAVEAUD, à Chamalières, on m’a confié un relevé cadastral dans un hameau perdu du Massif Central.
Plus souvent porte mire qu’opérateur, j’en garde encore le souvenir des petits matins brumeux et de la stimulation de ce premier contact avec la campagne.
Et, déjà, le sentiment d’avoir reçu une formation qui allait me permettre de toujours comprendre ce que je faisais.
C'est le 1° février 1956 que je commence ma carrière au Laboratoire Central d’Hydraulique de France, LCHF, qui m’embauche pour une mission de 6 mois en Colombie : ingénieur d’essais sur modèles hydrauliques.
Jamais vu, mais 15 jours de formation accélérée en France me donnent toute l’assurance voulue pour mettre le cap sur Bogota, avec mon copain de promotion Portal.
Nos attentes de forêt vierge et d’Indiens à plumes sont vite détrompées par cette métropole d’altitude (2600 m) capitale d’un pays grand comme deux fois la France.
En revanche la nouveauté du travail est passionnante. Rien à voir avec la Topo ? Sûr ! Mais le sens de l’approche du « phénomène nature », je l’ai écrit plus haut, est un outil fondamental dans ce métier.
Décembre 1960, je suis de retour a Bogota après la parenthèse algérienne où le hasard d’une visite médicale m’a transformé de tire-au-flanc convaincu en élève officier puis officier de l’ Armée Française.
Une parenthèse de 30 mois exaltante et formatrice.
Décembre 1960.
La mission Colombie du LCHF est au plus bas .On m’en bombarde chef. Elle durera 13 ans !
Nous étions trois au début, nous terminerons à soixante.Une période époustouflante !
Le jeune ingénieur passe assez vite du technico-technico au technico-commercial puis au technico-politique. Ingénieur principal puis ingénieur en chef Conseil en tous ordres des ministres de T.P. et Transport successifs.
Nous traitons de grands projets comme par exemple un nouveau « canal de Panama » par la Colombie, ou l’implantation d’un nouveau port sur le Pacifique ; nous traitons d’une multitude de petits projets qui concernent l’immensité des problèmes de ce merveilleux pays : érosion par-ci, inondations par-là, chenaux qui s’ensablent et plages emportées par la mer.
J’eus l’honneur de diriger cette mission française fameuse pour son savoir-faire, appréciée pour sa disponibilité.
Tout à une fin. A l’aube de 1974, nous passons la main aux Colombiens.
Tout en bricolant pour mon ancien patron, le LCHF, qui conserve quelques activités ( et quelques factures impayées..), j’entreprends une période de conseil indépendant. J’ai quarante ans et décide de rester en Colombie.
La vie d’indépendant n’est pas toujours du gâteau et je me souviens de quelques fins de mois difficiles.
Mais on se rattrape sur la qualité. Pendant quelques années, j’aurai l’énorme chance d’être consultant du Hudson Institute, boite de prospective de New York, liée au MIT, et de Robert Panero Ass , de la même veine. Macroéconomie, macro politique, esprits universels.
C’est une nouvelle période extraordinaire qui m’amènera à des réflexions aussi variées que la conception d’un grand barrage sur l’Amazone à celle d’un super port à Palau (où c’ est ? !dans l’archipel de Micronésie, perdu dans le Pacifique..), de la mise en valeur du Hoggar â Tamenghest à celle de mines de charbon en Colombie.
En 1980, la Société Générale décide de s’installer en Colombie et me propose la direction de son bureau de représentation. Pendant 20 ans, je serai un « vrai faux banquier ». Vrai parce qu’il s’agit bien d’une banque ; faux parce que je ne suis pas banquier. Tout au plus financier avec le temps.
Ce nouveau métier, bien spécial, m’allait comme un gant. On y gère les relations, amicales et inamicales, et en toile de fond, toujours, les risques.
Il faut des flots d’imagination pour minimiser les risques, des flots de persuasion pour les faire accepter par les bailleurs de fonds, parisiens ou autres.
J’ai exercé cette fonction avec bonheur. Dans notre monde moderne, il n y a pas de grand projet sans financement, c’est à dire sans banque. Et ne dit-on pas que les ingénieurs sont les meilleurs financiers ?
Partis de pratiquement zéro, nous étions la première banque française en Colombie 20 ans après. Raison certainement pour laquelle nous avons fermé le bureau... !Les grandes sociétés ont des raisons que la raison ignore.. !
Et maintenant ? Et maintenant je cherche un nouvel axe qui m’empêche d’ankyloser mon corps et mon esprit.
Jean BOTTAGISIO (G 56)
Gilles P. HERAMBOURG (GM 1991)
Un mécano en Chine
L’Extrême Orient et plus particulièrement la Chine sont présentés aujourd’hui par l’ensemble des médias comme l’eldorado économique des années 2000.
Les indicateurs de croissance à deux chiffres laissent les occidentaux rêveurs.
Alors que les perspectives françaises et européennes semblent trouver leurs limites, la Chine avec un marché intérieur de 1,5 milliards d’habitants présente évidemment un potentiel de développement attractif pour l’ensemble du Monde.
Il est aujourd’hui paradoxal que le dollar US soit en grande partie soutenu par la bonne santé économique chinoise. La parité entre le dollar US et la monnaie chinoise, le yuan (ou RMB, la monnaie du peuple) est en effet fixe.
En référence à un film vu dans l’avion lors de mon dernier retour en France, le sénateur McCarthy doit aujourd’hui se retourner dans sa tombe !!!
Mon cursus est le suivant: après une terminale C, j’ai intégré l’ENSAIS (INSA de Strasbourg) par la filière des classes préparatoires technologiques. J’ai obtenu mon diplôme promotion 1991 en section Génie Mécanique.
J’ai commencé à travailler en France dans une PME de 50 personnes et en 2001, j’ai eu l’opportunité de rejoindre un groupe international de 17 000 personnes au sein de la branche des équipements pharmaceutiques.
Après 3 ans en Grande Bretagne, il m’a été proposé en 2004 ce poste de liaison technique entre la filiale chinoise et les entités européennes.
Notre structure en Chine a été créée il y a une dizaine d’années et comporte aujourd’hui environ 200 personnes parmi lesquelles nous sommes 5 expatriés européens.
Parmi ces derniers, je suis le seul Français, et le seul expatrié a m’occuper de la section pharmaceutique dans une équipe purement chinoise. J’assure donc la communication technique entre la Chine et les compagnies principalement anglaise, mais aussi belge et suisse.
La culture est bien évidemment différente. Après deux ans à Shanghai, je ressens bien que l’Europe et la Chine sont deux mondes qui ont évolué différemment. Confucius et Descartes n’ont pas développé les mêmes principes philosophiques, et la logique cartésienne auxquels les occidentaux s’attendent, n’a pas forcément d’écho dans la mentalité chinoise.
La Chine aujourd’hui cherche à s’ouvrir sur l’Occident sans toutefois renier ses principes. C’est ce mélange de différence culturelle et de nationalisme qui fait à mon sens la spécificité de travailler en Chine, et je me sens intégré et à l’aise dans l’équipe chinoise.
Je pense que la formation type INSA (ex ENSAIS) représente un bon équilibre entre les matières générales et les matières techniques spécialisées.
Ce type de formation technique au niveau bac+5, (inexistant au Royaume Uni) représente un plus et c’est ce qui fait la différence par rapport à des collègues anglais.
Pour s’affirmer dans la vie professionnelle, je m’appuie souvent sur les connaissances techniques que j’ai pu accumuler à l’ENSAIS et dans mon expérience passée.
Dans un pays comme la Chine, où le réveil de l’industrie est assez récent, un diplômé de notre école a tout à fait sa place et peut apporter beaucoup.
Pour finir, je me permets d’insister sur l’importance de l’étude des langues étrangères, pour les personnes à vocation technique. Les élèves ingénieurs ne se rendent malheureusement pas forcément compte durant leurs études du plus que peuvent apporter de bonnes aptitudes dans les langues.
J’invite les élèves de notre Ecole à considérer à sa juste place l’enseignement des langues pour ne pas limiter ses opportunités aux frontières de l’hexagone.
Gilles P. HERAMBOURG (GM 1991)
Yannick ZOCCOLA (GM 2000)
De STRASBOURG aux USA
(en passant par le Canada, Singapour et Chine)
Après un semestre à l’Université LAVAL (Canada) et une étude de PFE à 180 Km de Québec, puis un séjour de deux années dans une R&D informatique en France (GEMPLUS), je suis détaché à Singapour pour aider le centre à améliorer son organisation et son efficacité autour des points forts tels le process, l’assurance qualité, la coordination inter centre et la gestion de projet.
Au carrefour de plusieurs cultures, occidentales et asiatiques, mes relations professionnelles et extra professionnelles sont profondément conditionnées par la nécessité de « garder la face » et de ne pas être pris en défaut.
La formation dispensée à l’ENSAIS (INSA de Strasbourg) m’a permis de passer toutes les étapes de mes apprentissages sur le terrain sans appréhension ni problèmes majeurs.
Pour illustrer les différents points forts que l’Ecole apporte lors du parcours en entreprise à l’international, voici les étapes successives franchies sans encombre au sein de la même entreprise:
Venant de la filiale Génie Mécanique, le premier avantage est d’avoir eu un enseignement centré sur la mécanique mais néanmoins très généraliste avec de l’informatique, de la finance, de la gestion de production, de la gestion de projet …
Pour un candidat ne voulant pas devenir un expert technique cantonné à un seul domaine, cela aide à comprendre plus rapidement les différents secteurs de l’entreprise et à obtenir des résultats dans les différents postes.
Une carrière technique est aussi possible mais le cursus GM ENSAIS/INSA ne limite pas à une seule étiquette.
Le deuxième avantage est l’opportunité de réaliser la dernière année dans une Université à l’étranger (Canada) avec un PFE dans une entreprise étrangère.
En accord avec l’équipe d’enseignants, cela donne le moyen de se spécialiser et d’avoir une coloration internationale par rapport aux autres candidats à l’emploi.
Dans mon cas, mon cursus à l’étranger a été: gestion de production, management, propulsion, langues étrangères avec un PFE en amélioration de production.
Cela devient important dans le cadre d’une expatriation pour être sélectionné car une Compagnie préfère un candidat avec une première expérience pour éviter les « rejets » et les difficultés d’intégration.
Cela facilite l’appréhension de nouveaux environnements et de nouvelles cultures.
Pour le reste, faire preuve d’ouverture pour comprendre les nouvelles cultures et personnes qui vous entourent sans regarder tous les problèmes uniquement à travers l’œil d’un français/européen – mais sans perdre votre « french touch », c’est aussi pour ca que vous y êtes envoyés.
Prendre du plaisir dans ce que vous faites (a l’intérieur de l’entreprise comme a l’extérieur), cela transpirera et vos homologues seront satisfaits de travailler à vos cotes.
Yannick ZOCCOLA (GM 2000)
Pierre LAVAINE (GM91) & Olivia FLORIAN (GM97)
Deux émigrés en Suède
A l'issue de mon PFE en juin 1991, je m'étais promis de revenir m'établir en Suède avant 10 ans.
Olivia, quelques années plus tard avait vécu la même expérience positive mais nous avions bien failli oublier cette promesse.
Toutefois, à quelques jours de l'échéance, nous débarquions en juin 2001 dans un appartement de Göteborg, avec meubles et enfant et pour moi un CDI local au siège de SKF.
On a facilement l'illusion, même après quelques longs séjours, que les modes de vie des pays d'Europe de l'Ouest sont proches.
En réalité, de multiples différences (petites et moins petites) à tous les niveaux font qu'il est préférable de partir du postulat que le mode de fonctionnement des deux pays est différent, pour ne pas faire des comparaisons erronées.
De plus, à nouveau pays, nouvelle culture et nouvelles références. Que ce soit en matière de mode, d'habitat, de sport, ou de cinéma, l'essentiel de votre bagage devient soudainement obsolète.
La maîtrise de la langue peut rebuter et nombreux sont les étrangers parlant uniquement anglais en Suède et à SKF en particulier. Pourquoi pas, si on aime se faire assister à chaque pas, mais très peu pour nous !
Au cours des années précédant notre départ, nous avions poursuivi notre apprentissage du suédois chaque fois que nous en avions eu l'occasion. Aussi à notre arrivée avions-nous une certaine pratique nous donnant une confiance en fait illusoire, car si elle forçait des portes, elle fermait un certain nombre d'aides qui auraient été utiles au démarrage.
Il n'en reste pas moins que pour dialoguer avec la banque, la pharmacie, la Sécu, ou le médecin... il faut à chaque fois découvrir et assimiler un vocabulaire spécifique. Une fois cela compris, mieux vaut essayer de planifier toute nouvelle démarche dans la société pour éviter de se noyer !
Le mieux pour apprendre une langue est indéniablement l'immersion totale. C'est encore plus vrai dans un cadre professionnel.
Avec mes clients, situés en Europe, anglais - et français - sont mes langues de travail. Mais mes collègues de travail immédiats sont suédois et dès mon arrivée, ils ont parfaitement joué le jeu de m'aider à trouver mes marques et atteindre une maîtrise professionnelle de leur langue.
Pour Olivia, l'intégration fut plus longue. En effet, le droit au congé de parentalité de 16 mois fait que l'on n'a pas droit à faire garder son enfant avant l'âge de 1 an et partant, pas la possibilité de s'inscrire en recherche d'emploi, ni même de s'inscrire aux cours de suédois pour immigrés.
Or la connaissance du suédois est une condition requise (illégalement) par l'ANPE locale, même s'il est évident qu'un niveau de langage élevé augmente les chances sur le marché du travail.
Olivia a donc pu commencer sa recherche d'emploi au bout de 16 mois, et découvrir la dure réalité du travailleur immigré.
Ne croyez pas benoîtement ceux qui vous disent qu'un diplôme d'ingénieur français est reconnu à l'étranger. Il le sera par les autorités suédoises, sous réserve que vous démontriez son équivalence avec un diplôme suédois.
Mais pour l'employeur potentiel votre diplôme est inconnu et donc difficile à évaluer, tout équivalent qu'il soit. Du coup, comment juger de votre expérience professionnelle basée sur un tel diplôme ?
Au final, Olivia n'a pu reprendre son métier d'ingénieur que 2 ans et demi après notre arrivée
La vie professionnelle dans les entreprises privées suédoises est très différente de la France ; c'est d'ailleurs une des raisons essentielle à notre émigration.
L'absence de formalisme constitue en général le point le plus choquant pour un européen. Le suédois considère le formalisme à la française (ou à l'allemande, vu d'ici c'est à peu près pareil) comme une entrave à un travail efficace.
Que ce soit chez un client comme un fournisseur, si le meilleur interlocuteur est le DG, je le joint directement, en le tutoyant et en l'appelant par son prénom. Si j'ai besoin de renseignements auprès de l'opérateur, je l'appelle directement sans passer par le chef, le sous-chef, le contremaître...
En effet, de l'opérateur à l'ingénieur, un employé est investi de la confiance de son encadrement ; cela facilite le travail de tout le monde, et si on ne pouvait pas lui faire confiance.... on ne l'aurait pas embauché !
Cette confiance implicite entraîne par exemple que j'ai les mains libres pour passer commande de composants ou services afin de construire des prototypes, comme pour me procurer tout matériel requis pour mener à bien ma mission. Mon chef de service sait que si j'ai un doute sur un niveau de prix ou le bien-fondé d'un achat, je le consulterai avant commande.
Tout "Manuel du bon manager" vous expliquera que le rôle du chef est de donner à ses subordonnés les moyens de mener à bien leur tache. En France ce ne sont généralement que des mots !
En Suède c'est bel et bien une réalité, comme l'a découvert récemment un collègue français, rapportant indirectement tout comme moi à la Directrice du Développement Produit (vous avez bien lu, c'est une femme).
Son projet étant en retard, il s'attendait à une sérieuse "remontée de bretelles" ; il a été bien surpris lorsqu'au contraire cette dame lui a demandé comment elle pouvait l'aider !
Lorsque nous avons quitté la France, c'était pour "5 à 10 ans".
Après 5 ans passés en Suède, l'achat d'une maison, la naissance d'un deuxième enfant, nous sommes encore là pour " 5 à 10 ans"
Et si c'était à refaire ?
Nous n'attendrions pas 10 ans !
Mais nous ne multiplierons pas les expériences dans d'autres contrées ; vivre une autre culture est enrichissant mais très exigeant et nous n'avons pas non plus la mentalité de colons qui vivent en reclus sur un territoire étranger.
Pierre LAVAINE (GM91) & Olivia FLORIAN (GM97)